Les vies rocambolesques des Arthaud, Orfèvres Lorrains

Mais parallèlement à cette irruption de la franc-maçonnerie à Lunéville, un orfèvre originaire de Mirecourt va être un des premiers francs-maçons de Paris , en 1737, dans une loge très liée à celle de Lunéville. Ses cousins, également orfèvres mirecurtiens partis s'installer à Toulouse, vont eux aussi s'investir particulièrement dans la franc-maçonnerie.

Il est passionnant de pouvoir découvrir des aventures rocambolesques et inédites vécues par des personnages qui nous étaient jusqu’à présent totalement inconnus. C’est ainsi le cas avec les Arthaud, orfèvres de Mirecourt, partis faire fortune à Nancy, à Paris et à Toulouse. Ils vont connaître de nombreux avatars que Jack Chollet conte à l’appui de sources précises.

Des tracas de Jean-Louis Arthaud, installé à Nancy, causés par ses collègues jaloux et envieux, à ceux de son fils, Léopold Arthaud, parti faire fortune à Paris où il goûtera à plusieurs reprises la prison à cause de dénonciations calomnieuses, vous suivrez ainsi un des premiers francs-maçons de la capitale, en 1737, membre de la loge de Bussy Aumont, qui deviendra un agent secret très actif au service du roi.

Autre membre de la famille, Gabriel Arthaud, est particulièrement vindicatif et très acharné à l’encontre de ses collègues de Mirecourt. Quant à son fils Claude Arthaud, après un apprentissage effectué auprès de son père, il part s’installer à Toulouse. Un étonnant parcours de révolutionnaire, fondateur très actif de la loge maçonnique L’Encyclopédique, qui sera un des plus acharnés jacobins de la ville rose. Arrêté et incarcéré cinq fois au cours de cette période troublée, d’abord comme fédéraliste, puis comme terroriste, ensuite comme babouviste, il sera à nouveau emprisonné par Bonaparte en raison du Coup d’État du 18 Brumaire et enfin une dernière fois, soupçonné par la police de Fouché d’avoir trempé dans le complot de la machine infernale de la rue Nicaise.

Ce récit qui pourrait être un roman est en fait une véritable enquête qui, de Mirecourt à Nancy, de Paris à Toulouse entraîne, avec humour, justesse et références historiques, le lecteur dans un XVIIIe siècle riche et savoureux.

Editions Gérard Louis, Haroué, 2021.


La surprenante protection de la duchesse Élisabeth-Charlotte de Lorraine accordée aux orfèvres ARTHAUD.


C’est un fait que les orfèvres ARTHAUD avaient constamment suscité la jalousie de leurs confrères quel que soit le lieu où ils exerçaient leur art. Déjà en 1713, le duc Léopold Ier et la duchesse Élisabeth-Charlotte de Lorraine voulaient que Jean-Louis installé à Mirecourt vienne travailler à Lunéville, car ils appréciaient particulièrement son savoir-faire en orfèvrerie. Aux orfèvres de Lunéville qui s’opposaient à son établissement, la duchesse avait exigé d’eux qu’ils l’intègrent au corps du métier de la ville, sous peine de sanctions à leur encontre. Puis, en 1715, la duchesse qui désirait qu’il s’implante à Nancy car elle avait pris l’habitude de lui passer commande, le même scénario se reproduisait comme à Lunéville. Aux orfèvres de la ville ducale qui avaient monté une véritable cabale contre lui, elle avait su imposer énergiquement sa volonté et Jean-Louis avait pu garder son atelier et sa boutique de la rue Saint-Dizier.

On verra que Léopold ARTHAUD, installé orfèvre à Paris, en reconnaissance de la protection qu’avait exercée la duchesse Élisabeth-Charlotte auprès de sa famille, et qui n’avait pas oublié toute les péripéties qu’avait vécu son père à Lunéville puis à Nancy durant sa jeunesse, acceptait d’être l’agent secret de celle qui était devenue l’ex-régente de Lorraine, retirée à Commercy. Léopold, se mettait également au service du beau-frère d’Élisabeth-Charlotte, le Grand-duc Alexandre de Lorraine, qui rêvait de monter sur le trône à la place du roi Stanislas, afin d’empêcher que le duché devienne une province française à la mort de ce dernier. Léopold ARTHAUD allait le payer cher en goûtant aux geôles de la Bastille.


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